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Villefranche : Un poête ain - dien, bicéphale, à la Vague des livres

IMPROBABLE RENCONTRE

 

Bertane Szafranek & Jean-Paul Gayot

 

 

Spicilège pour deux mains —

 

 

 

« Le souvenir est poésie, et la poésie n’est autre que souvenir. »

 

Giovanni Pascali

 

 

 

« La poésie n’a pas d’autre but qu’elle même. »

 

Charles Baudelaire

 

 

 

« La poésie est cette musique que tout homme porte en soi. »

 

Shakespeare

 

 

TOUS DROITS SONT RÉSERVÉS ET PROTÉGÉS

Prologue

 

 

Comment mieux expliquer une rencontre qu’en dévoilant la vérité. En qualité de Notaire, je fus chargé du règlement de la succession de Monsieur Szafranek, et quelque temps plus tard, dans le courant d’un hiver brumeux et humide, je me rendis à son domicile où m’attendaient sa veuve alors âgée de 78 ans et son fils. J’étais en retard, le portail était ouvert, elle m’attendait avec une impatience non déguisée, car elle avait ensuite rendez-vous chez son médecin. Je fus sommé de rattraper mon retard et je le fis avec humour.

Quelques réflexions au cours du rendez-vous, une photo dans le salon, un poème énoncé rapidement et nous découvrîmes en quelques minutes notre goût commun pour la photographie et pour la poésie. Ensuite, tout s’enchaîna très vite… J’emploie à dessein ce mot, car nous ne nous sommes plus quittés, en ce sens que nous avons entretenu régulièrement une correspondance amicale.

Nane, c’est ainsi qu’on la nomme à Mionnay, dirait que nous avons entamé un concert ensemble. Mes goûts vont vers le requiem, les siens la porteraient plutôt vers une symphonie étrange, qui mêlerait les notes légères d’un clavecin, les gémissements d’un violon, la poésie d’une flûte enchantée, le tonnerre d’une contrebasse, les jaillissements d’une cymbale, les jeux enfantins d’un pipeau… dont les musiciens seraient des fées, des trolls, des farfadets, des génies aux pouvoirs insensés…

Lors de notre rendez-vous, elle me lut le poème dédié à son époux « L’arbre et le cœur » (44) et, juste avant de partir « Notre maison » (45). J’étais confondu par tant de talent, d’enthousiasme, de folie maîtrisée et de générosité rayonnante.

Je rentrai absorbé plus que de coutume, ému, touché au cœur. Ma plume ne mit pas longtemps pour rédiger « Madame » (33) que je lui fis suivre par la poste. Je reçus un delphinium dans lequel s’étaient cachés, selon elle, quelques fées et lutins. Séduit par ses rêves de sylphes, je lui composai alors « Le jardin de Nane » (34). Elle le réceptionna, m’envoya « Le petit monde du jardin de Nane » (55) et pleura tant que je me sentis obligé de lui adresser un troisième poème « Il faut battre la Diane » (36). Elle m’envoya « Ma vie » (43) et me pria d’être fécond car chez elle l’exigence rime avec excellence… Je fis partir un courrier qui contenait « Carpe Diem » (15), puis « Sur le pont de Trévoux » (7) qu’elle me renvoya avec en conclusion un quatrain spirituel. Je retirai de la boite aux lettres « Comédia » (52) et un jour qu’elle était en colère pour un motif sans importance, je lui fis parvenir « Sonnet de couleurs » (41). Elle me répondit quelque temps après avec « Echanges » (72) et nous continuâmes ainsi à cheminer. Plus tard, je lui envoyai un poème gaillard qui lui fit plus de bien que toutes les médecines : « Le lupanar de Nane » (37). Je reçus « Le hasard et la nécessité » (67) et elle composa « La mésange » (61) au vu de la photo d’une mésange qui s’était rompu le cou sur la baie vitrée de mon bureau. Nous nous amusions bien et lorsqu’elle me fit part de la visite d’un militaire, je lui composai la « Fable de la Dame, du Notaire et du Militaire » (39). Avec l’été, elle, qui loue la splendeur du coquelicot, me fit parvenir « Floréal » (56) et moi, qui la rejoins sur ce thème, j’écrivis « Ivresse provençale » (17).

Nous échangions ainsi nos coups de cœur, nos trouvailles. Ce fut « La chatte du voisin » (73) pour elle, et « Havane » (32) pour moi. En remontant le temps, nous évoquâmes le passé : elle, le bénitier de sa grand-mère avec « Quel ange !? » (54) et moi, le « Parc de ma grand-mère » (29).

Et un jour, une muse vint nous suggérer : « Pourquoi ne publieriez-vous pas vos poèmes ? ». Unanimement, nous répondîmes : « Mais qui pourraient-ils intéresser ? ». J’ajoutai aussitôt, à l’attention de Nane : « Votre poésie est incomparable, je ne fais que de la prose rimée… » Elle jugea qu’il y avait dans certains poèmes une sensualité brûlante, charnelle, évocatrice qui dépassait de loin la tristesse de ses anniversaires, de la guerre et des morts. Nous fîmes assaut de modestie, fort mauvais juges de nos textes… Mais la passion de l’écriture reprit le dessus, et nos liens amicaux surent nous convaincre de tenter ce voyage vers les lecteurs. Nous ajoutâmes alors à ceux énoncés ci-dessus, qui constituent les prémices de notre œuvre commune, quelques poèmes de jeunesse ou plus récents que nous fîmes intercaler pour offrir aux lecteurs une musique différente — telle que la flûte et le basson — des perspectives variées, un ressenti aussi dissemblable que les touches noires et blanches d’un piano, espérant qu’ils nous suivraient et nous comprendraient dans notre tentative un peu atypique, mais tellement enrichissante pour ce qui nous concerne. La poésie touche à des ressorts enfouis au plus profond. Elle est personnelle, intime, et peut paraître dévoiler des secrets privés. Il faut la ressentir comme une musique symphonique profonde ou une peinture pointilliste. Elle évoque, dessine, transmute, déstabilise parfois ou heurte même, mais ne trahit pas.

JPG

 

Pour amorcer le dialogue avec notre auteur que vous trouverez samedi 13 et dimanche 14 à l’Atelier, jouxtant la Médiathèque quelques poêmes qui laissent transpirer une qualité suave de vers et mélodies de nature à en savoir, avoir, voir plus. Michel Stival

 

 

« Publier un livre de poésie, c’est comme jeter un pétale de rose au fond du Grand Canyon et d’attendre l’écho. »

 

Don Marquis

 

 

 

« Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir. »

 

René Char

 

Sur le pont de Trévoux

 

 

Sur le pont de Trévoux

Souvent pensant à vous

J’ai espéré de vous

Un simple rendez-vous.

 

Mais la Saône coulait

Soumise entre ses rives

Etrangère convive

En ce beau mois de mai.

 

Je n’attendais que vous

Sur le pont de Trévoux

Sans doute un rêve fou

Qui réclame le joug.

 

Et le soleil couchant

Allumait de ses feux

Les flots mystérieux

Au parcours nonchalant.

 

En contemplant Trévoux

Je sentais que mon pouls

Brûlant comme l’amadou

Ne pensait plus qu’à vous.

 

Et les cygnes glissaient

Sur le miroir de l’eau

Ignorant mes sanglots

Epars sur mon poignet.

 

Perdu dans les remous

Que déchaîne mon courroux

Un sentiment jaloux

M’envahit tout à coup.

 

Et la rivière paisible

S’obscurcit peu à peu

Me laissant l’âme bleue

Ô chagrin indicible.

 

Sur le pont de Trévoux

Je n’attendais que vous

Et mon cœur mis à bout

Se heurte à un verrou.

 

L’onde est noire à présent

Linceul de mes attentes

Elle est chapelle ardente

Et source de tourments.

 

Sous  le  pont de Trévoux

Je  vous  ai  attendu

Mais  vous  étiez  dessus

Hélas  j’étais  dessous.

Nane

 

 

Insensibilité

 

 

Je me demande si… dans la foule qui court,

Le petit chat perdu a été vu d’un seul,

Et si les cris plaintifs et sa touchante gueule

De la vague pressée arrêteront le cours.

 

Je me demande si… dans la foule qui court,

Le petit tas de poils et le museau mouillé,

L’or des yeux apeurés et la queue empaillée,

Près du passant hâtif resteront sans secours.

 

Je me demande si… dans la foule qui court,

Un seul a vu le chat se jeter dans la rue,

Et mourir écrasé par l’auto survenue.

Je me demande si … sa patte de velours…

 

Toi

 

Je connais tes ressorts

Toi, tu connais les miens.

Et je parcours ton corps

Un peu comme mon bien,

Redécouvrant sans cesse

La rondeur de tes seins

Toujours pleins de jeunesse.

Et quand vient le nacré

De tout ton féminin,

Mon bonheur est entier.

Tes doigts sont plus agiles

Que ceux d’un musicien

Et ta grâce docile

Assure notre lien.

Musique de sirène

Et de joueur de harpe

Tu me frappes à l’alène

Et me mets en écharpe.

J’aime puiser au fond

De tes parfums suaves

Cachés sous ton jupon

Le nectar qui me gave.

Et quand tes reins se tendent,

Que tu m’offres ton fruit…

Tu n’es plus qu’une offrande

Au gré de ma saillie.

 

Germinal

 

 

Intimidée la violette

Offre sa frimousse au soleil

Sous le pêcher la fée Clochette

Des crocus guette le réveil

Les elfes taquinent la primevère

Tous les lutins dansent autour

Des dernières neiges de l’hiver

Et les farfadets font la cour

A la charmante pâquerette

Le forsythia est éclatant

Le merle se grise d’opérette

Bonjour à vous Messire Printemps.

 

 

Le hasard et la nécessité

 

 

Un jour d’anniversaire est un instant bizarre

Un présent du destin au loto du hasard

Entre aujourd’hui et hier s’est creusé un abîme

On entrevoit le fond quand on rêvait des cimes.

Allons “vieux” n’est pas gloire c’est une mascarade

Dépourvue d’intérêt. Pitié pas d’accolade

L’ange passe en silence sans élégies bruyantes

Sans bouquet ni gâteau aux bougies scintillantes.

 

Quand vivre encore un peu devient nécessité

Et lutter chaque jour de la témérité

Quand on aima l’oiseau la fleur et le nuage

On peut silencieux partir avec son âge

Ayant pour tout viatique des secrets inviolés

Le regret des non-dits et des joies oubliées…

 

 

On pourrait s’étonner que les pensées profondes se trouvent dans les écrits des poètes plutôt que des philosophes. La raison en est que les poètes écrivent par les moyens de l’enthousiasme et de la force de l’imagination : il y a en eux des semences de science, comme dans le silex, que les philosophes extraient par les moyens de la raison, tandis que les poètes, par les moyens de l’imagination, les font jaillir et davantage étinceler.

René Descartes

Table des matières

Jean-Paul Gayot

 

3. Prologue

7. Sur le pont de Trévoux

8. Insensibilité

9. Toi

10. Deux mots

11. Big Bang chaud

12. Au grenier

13. Terre et corps

14. Soumission

15. Carpe diem

16. Te voir

17. Ivresse provençale

18. Thou et Tout

19. Dernier voyage

20. Avoriaz 2004

21. Poète il se croyait

22. Deux moitiés pour un tout

23. Une parenthèse

24. Danger

25. Banlieue

26. Appel

27. La jeune fille

28. Requiem pour Fauré

29. Le parc de ma grand-mère

32. Havane

33. Madame

34. Le jardin de Nane

35. Dessin

36. Il faut battre la diane

37. Le lupanar de Nane

39. La Fable de la Dame, du Poète et du Militaire

41. Sonnet en couleurs

Table des matières

Bertane Szafranek

 

43. Ma vie

44. L’arbre et le cœur

45. Notre maison

46. Nania

47. La Nanoche

48. Le billet doux

49. Mon péché mignon

50. La liberté

51. J’aurais

52. Comedia

53. Pélerinage

54. Quel Ange

55. Le petit monde du jardin de Nane

56. Floréal

57. Germinal

58. Brumaire

59. Nivôse

60. Novembre

61. La mésange

62. La question

63. Lettre à un médecin traitant

64. L’oubli

65. To be or not to to be

66. La vieille Muse

67. Le hasard et la nécessité

68. Muse au miroir

69. Le dernier bal

70. Le précieux temps

71. A la manière de

72. Echanges

73. La chatte du voisin

 

 

 

 

 

 

 

CE SPICILEGE A ÉTÉ TIRÉ À COMPTE D’AUTEUR

EN 100 EXEMPLAIRES

 

 

Achevé d’imprimer sur les presses de la SEPEC

1 rue de Prony – 01960 PERONNAS

 

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Tel : +33 (0)4 37 62 11 06

 

Dépôt légal : Décembre 2009

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